Camping et randonnée dans les Pyrénées : où bivouaquer et à quelles conditions


Dormir dehors en randonnée dans les Pyrénées est possible, mais pas partout et pas n'importe comment. Selon l'endroit où vous plantez la tente, vous dépendez d'un décret national, d'un arrêté préfectoral ou d'un simple usage local. Et selon l'heure à laquelle vous la montez, la même tente passe du bivouac autorisé au camping interdit.
Ce qui suit part des textes en vigueur, descend ensuite au terrain, puis raconte trois jours d'itinérance avec le camp sur le dos. Nos séjours pyrénéens se déroulent en Soule et en vallée d'Aspe, et les repères pratiques donnés ici viennent de ces deux vallées.
Camping et bivouac ne désignent pas la même chose
La distinction compte, parce qu'elle décide de ce que vous avez le droit de faire. Le camping est une installation qui dure : la tente reste montée dans la journée, on s'installe, parfois avec un véhicule. Le bivouac tient en une nuit, on arrive en fin de journée, on monte un abri léger et on repart au matin sans rien laisser.
Dans les espaces protégés, le premier est interdit et le second autorisé sous conditions. Le camping sauvage, terme courant dans les recherches en ligne, ne désigne donc rien d'autorisé en cœur de parc. Ce que cherchent la plupart des randonneurs s'appelle un bivouac.
Ce que dit le règlement du cœur du Parc national des Pyrénées
Le camping y est interdit, sous tente, en véhicule ou en camping-car, y compris sur les parkings. Le bivouac est autorisé à plus d'une heure de marche des limites du cœur de parc ou de tout accès motorisé, entre 19 heures et 9 heures. La tente se monte après 19 heures et se démonte avant 9 heures. Ces règles figurent dans la réglementation du campement et du bivouac publiée par le parc, qui renvoie à l'article 15 du décret n° 2009-406 et à l'arrêté du directeur du 29 août 2013.
Deux précisions passent souvent inaperçues. Des aires de bivouac balisées existent autour de certains refuges, et les gardiens renseignent sur les emplacements possibles. Dans la réserve naturelle du Néouvielle, le bivouac n'est autorisé qu'aux abords des lacs d'Orédon et d'Aubert.
Le feu est interdit en cœur de parc, quelle que soit la saison, pour prévenir les incendies et la dégradation des sols. Les chiens n'y sont pas admis non plus, même tenus en laisse.
Hors du cœur de parc, d'autres règles s'appliquent
Le parc national ne couvre qu'une partie de la chaîne, six vallées qui s'étendent du gave d'Aspe à la Neste d'Aure. Toute la partie basque, dont la Soule où nous marchons, se trouve à l'ouest de cette limite et ne relève donc pas du règlement du cœur.
Cela ne veut pas dire que l'on plante sa tente où l'on veut. Les estives appartiennent à des communes ou à des commissions syndicales, elles sont pâturées et gardées, et un troupeau qui monte en juillet n'a pas besoin d'une tente au milieu de son parcours. En été, des arrêtés préfectoraux peuvent aussi restreindre le bivouac, les réchauds et le feu quand le risque incendie augmente, ce qui se vérifie sur le site de la préfecture du département avant de partir.
Côté espagnol, la règle est plus stricte encore. Depuis février 2022, le bivouac est interdit dans le secteur d'Ordesa du parc national d'Ordesa et du Mont-Perdu, sauf aux abords du refuge de Góriz. Dans les autres secteurs, il n'est possible que du coucher au lever du soleil et au-dessus d'une altitude donnée, 1 650 mètres à Anisclo, 1 800 mètres à Escuaín, 2 550 mètres à Pineta.
Choisir un emplacement de bivouac
Sur le papier, un bon emplacement est plat, sec et à l'écart. Sur le terrain, il faut surtout imaginer ce qui s'y passera à quatre heures du matin.
On évite les creux, où l'air froid stagne et où l'eau se rassemble à la première averse. On s'écarte des couloirs, des barres rocheuses et des arbres isolés. On reste à distance des troupeaux, des cabanes en service et des points d'eau captés. Reste l'orientation, qui doit abriter du vent dominant sans condamner la tente à l'ombre au lever du jour.
Le principe se résume à une chose : l'endroit doit être dans le même état après votre départ qu'avant votre arrivée.
Le poids du sac, l'eau et le froid
C'est là que la première nuit surprend. Sur notre itinérance en Soule, le sac à dos fait au minimum 50 litres et peut approcher les quinze kilos une fois l'eau et les affaires personnelles ajoutées. La tente et le matelas sont fournis et le portage se répartit entre les participants, mais un sac de bivouac reste un sac de bivouac.
Le sac de couchage, lui, n'est pas fourni, et c'est le poste sur lequel on se trompe le plus. Un modèle confort 0 °C est nécessaire pour les nuits dehors, même en plein été : la liste de matériel transmise à l'inscription est explicite sur ce point.
L'eau se gère le soir, pas au moment d'avoir soif. On remplit au dernier point sûr avant le camp, ce qui suppose de savoir où il se trouve. C'est le genre de détail qu'un accompagnateur qui vit dans la vallée connaît sans ouvrir une carte.
Trois jours d'itinérance en bivouac en Soule
Notre séjour en bivouac dans les Pyrénées basques part de Sainte-Engrâce et de son église romane du XIe siècle. La première journée monte d'un seul mouvement par les gorges d'Ehujarré, un passage encaissé, jusqu'au plateau d'estives installé au pied du pic Lakhoura : 1 000 mètres de dénivelé positif pour 7 kilomètres. Le premier camp s'installe là, avec le temps de prendre en main le matériel.
Le deuxième jour suit la crête frontalière entre la France et l'Espagne, 12 kilomètres, 850 mètres de montée et 530 de descente. Aucune difficulté technique, mais du cumul. Le second bivouac se pose près du cayolar d'Ardané, une cabane pastorale qui sert de repère au groupe.
Le troisième jour redescend vers la vallée par la cascade de Pista, puis franchit la passerelle d'Holzarte, suspendue à 150 mètres au-dessus du canyon, avant de finir en forêt à Logibar. 1 270 mètres de descente : ce sont les genoux qui travaillent.
Virginie, accompagnatrice en moyenne montagne, encadre les trois jours. Elle connaît les passages sensibles, les zones de bivouac possibles et la façon dont la météo tourne ici, et c'est elle qui guide le choix des emplacements et le montage du camp. Le séjour se déroule de juin à septembre, en groupe de trois à huit personnes, dès 15 ans, et les tarifs commencent à 365 euros avec la pension complète du vendredi midi au dimanche midi.
Tout n'est pas confortable pour autant. Le parcours est classé niveau 3, soit quatre à six heures de marche par jour, et l'itinéraire n'est pas une boucle : les participants s'organisent entre eux pour mutualiser les voitures entre Sainte-Engrâce et Logibar. Si l'orage s'installe, la nuit peut se replier dans un refuge non gardé.
Une seule nuit dehors, si l'itinérance vous paraît trop longue
Le bivouac n'oblige pas à porter son camp trois jours d'affilée. Sur notre séjour chez un berger des Pyrénées, en vallée d'Aspe, une seule nuit se passe dehors près d'une cabane d'estive, le reste du temps au gîte d'Accous. Sur cinq jours, l'essentiel se joue dans la rencontre avec ceux qui travaillent en altitude, et la nuit sous tente vient s'y ajouter sans conditionner le séjour.
Monique, partie sur ce séjour en septembre 2024, décrit un guide, Paco, qui a su adapter le programme aux intempéries pour que le groupe vive quand même l'estive, avec ce qu'elle appelle « un bivouac inoubliable ». En montagne, c'est le programme qui s'ajuste à la météo, rarement l'inverse.
Questions fréquentes
Le camping sauvage est-il autorisé dans les Pyrénées ?
Non. Le camping est interdit dans le cœur du Parc national des Pyrénées, y compris en véhicule. Ce qui est autorisé, c'est le bivouac : une nuit, entre 19 heures et 9 heures, à plus d'une heure de marche des limites du cœur ou d'un accès motorisé. Hors du parc, la tolérance dépend du propriétaire du terrain et des arrêtés en vigueur.
Peut-on faire un feu ou utiliser un réchaud ?
Le feu est interdit dans le cœur du parc, sans exception saisonnière. Ailleurs dans le massif, des arrêtés préfectoraux peuvent interdire feux et réchauds pendant les périodes de risque incendie, en général l'été. La règle change d'un département et d'une année à l'autre, elle se vérifie avant de partir.
Faut-il de l'expérience pour un premier bivouac ?
Non, mais il faut une pratique physique régulière. Sur notre itinérance en Soule, le bivouac lui-même s'apprend sur place, du choix de l'emplacement à la gestion de l'eau du soir. Ce qui ne s'improvise pas, c'est de marcher quatre à six heures par jour avec quinze kilos sur le dos, trois jours de suite.
Si vous hésitez encore entre trois jours de crête et cinq jours au gîte, notre guide du séjour randonnée dans les Pyrénées compare les secteurs, les saisons et les niveaux. Tous nos départs se retrouvent sur la page destination Pyrénées.
